A propos du concert : "Manuel de Falla et la tradition andalouse" (3 septembre 2017)

Une soirée mémorable

Sans considérations musicologiques compliquées, voici les quelques réactions à chaud d'un mélomane passionné, après un concert de niveau artistique exceptionnel qui a, du reste, suscité l'enthousiasme d'une foule considérable.

 

Virtuosité et musicalité sont "à couper le souffle" : Euskal Barrokensemble à la Cathédrale de Tournai, le 3 septembre 2017 [Photo Franck Bazin, La Voix du Nord]

 

Les premières mesures mettaient, d'emblée, les auditeurs ''au parfum''. Elles ont peut-être semblé provocantes aux oreilles classiques, même si la sensibilisation médiatique actuelle à la ''musique du monde'' favorise la réceptivité de beaucoup à ces accents andalous. J'avoue qu'il m'a fallu un bon ''quart d'heure académique'' pour me trouver en phase avec les œuvres du programme et, finalement, en être vraiment séduit. Il est vrai que la virtuosité et la musicalité de l'Euskal Barrokensemble avaient de quoi couper le souffle.

Le génie d'Enrike Solinis nous a convaincus des potentialités insoupçonnées de la guitare qui, loin d'être un instrument de seconde zone, parvient à remuer en nous les fibres les plus intimes de notre être et à rendre universel le caractère culturellement situé d'une musique folklorique au sens noble du terme. On ne s'étonnera donc pas que cet artiste ait déployé ses talents dans des formations fameuses de musique ancienne et classique avec des chefs aussi prestigieux que Jodi Savall et René Jacobs.

Les mélomanes (dont je suis) apprécient toujours la connivence bienveillante qu'ils remarquent entre les exécutants et ce, particulièrement dans le domaine de la musique de chambre. Cette complicité amicale favorise en effet l'impact positif sur le public, car elle manifeste l'harmonie qui résulte de l'heureuse convergence de leurs différences.

Que dire, dès lors, à cet égard, des solistes de ce concert qui, à partir de leurs apports individuels, constituent, au sens fort du terme, un ensemble, lequel nous a donné une impression saisissante de vivacité, d'unité et de joie.

Ceci dit, il est deux découvertes qui m'ont particulièrement marqué. Tout d'abord, la manière proprement géniale dont l'ensemble Euskal revisite des œuvres célèbres du répertoire classique. Ainsi, même si on connaît par cœur le concerto d'Aranjuez de Rodrigo dans sa version symphonique finale, celle que nous offrent ces musiciens espagnols est singulièrement ''rafraîchissante'' part sa spontanéité et ses modulations, tantôt subtiles et délicates, tantôt d'une jubilation assourdissante... Le concerto de Rodrigo ainsi revivifié par un retour délibéré à sa source populaire s'intègre donc parfaitement dans l'interprétation du ballet l'Amour sorcier de Manuel de Falla, lui aussi revisité dans la même optique.

Enfin (''Last but not least !'') la prestation époustouflante de la cantaora Maria José Pérez m’a littéralement remué tant au cœur et à l'esprit qu'aux ''tripes''. En effet, sa voix profonde, viscérale, charnelle et émouvante atteint, par exemple lors du chant offert en bis, des sommets de spiritualité dignes des plus beaux moments de la Semaine Sainte à Séville.

Un petit regret : la traduction des textes aurait été bienvenue dans les programmes distribués...

Maria Jose Perez, cantaora à la voix "profonde, viscérale, charnelle et émouvante"

 

Grand merci aux organisateurs de ce premier concert du festival Musica 2017 en partenariat avec les '' Inattendues'' consacrées cette année à la dimension multiculturelle de l'art et de la pensée !

 

Chanoine Jean-Pierre Mondet

 


Euskal Barrokensemble : le site

Euskal et Enrike Solinis sur France-Musique