Tirsi mio, caro Tirsi
Salomone  ROSSI 

Tirsi mio, caro Tirsi

E tu ancor m’abbandoni ?

Così morir mi lasci e non m’aiti ?

Almen non mi  negar gl’ultimi baci.

Ferirà pur duo petti un ferro solo ;

Verserà pur la piaga

Di tua Filli il tuo sangue.

Tirsi, un tempo sí dolce e caro nome

Ch’invocar non soleva indarno mai,

Soccorri a me tua Filli,

Chè, come vedi da spietata sorte

Condotta son a cruda et empia morte.

 

 

Mon Thyrse, cher Thyrse

et tu m’abandonnes donc ?

Tu me laisses ainsi mourir sans recours ?

Au moins, ne me refuse pas le dernier baiser.

Un seul fer frappera deux cœurs

et la plaie de ta Phyllis

versera ton sang.

Thyrse, autrefois nom si doux et si cher

que je n’invoquais jamais en vain,

viens en aide à ta Phyllis,

car comme tu le vois je suis conduite

par un implacable sort à une mort cruelle.

 

Anima del cor mio
Salomone  ROSSI

 

Anima del cor mio,


Poi che da me, misera me, ti parti,

S’ami confort’alcun a’miei martiri,

Non isdegnar ch’almen ti segu’anch’io,

Solo co’miei sospiri


E sol per rimembrarti,


Ch’in tante pen’e ’n così fiero scempio

Vivrò d’amor di vera fede esempio.

 

Âme de mon cœur,


après que tu t’es séparée de moi, pauvre de moi,

si tu veux être le réconfort à mes martyres,


ne dédaigne pas qu’au moins je puisse te suivre

avec mes seuls soupirs,


et seulement pour te rappeler


que, parmi tant de peines et de cruelles horreurs,

 je vivrai d’amour, exemple de vraie loyauté.

 

Fuggi, fuggi da questo cielo
Giuseppino DEL BIALO

 

Fuggi Fuggi Fuggi da questo cielo

Aspro e duro spietato gelo

Tu che tutto imprigioni e leghi

Né per pianto ti frangi o pieghi

fier tiranno, gel de l'anno

fuggi fuggi fuggi là dove il Verno

su le brine ha seggio eterno.

Vieni vieni candida vien vermiglia

Tu del mondo sei maraviglia

Tu nemica d'amare noie

Dà all'anima delle gioie

Messaggera per Primavera

Tu sei dell'anno la giovinezza

Tu del mondo sei la vaghezza.

Vieni vieni vieni leggiadra e vaga

Primavera d'amor presaga

Odi Zefiro che t'invita

e la terra che il ciel marita

al suo raggio venga Maggio

vieni con il grembo di bei fioretti,

Vien su l'ale dei zefiretti.

 

 

Fuis, fuis, fuis ce ciel,

âpre et impitoyablement froid,

toi qui emprisonnes et tout enchaînes

et ne te laisses toucher par aucune larme.

Fier tyran, gel de l’année,

fuis, fuis donc là où l’Hiver

sur les givres règne éternellement.

 

Viens, viens donc candide et vermeille,

tu es merveille du monde.

Toi, l’ennemie des amères tristesses

réjouis notre âme !

Messagère du Printemps,

tu es l’enfance de l’année,

tu es le charme du monde.

 

Viens, doux et beau

printemps annonciateur d’amour,

écoute Zéphyr qui t’invite

et la terre qui s’unit au ciel !

Que Mai resplendisse !

viens les bras chargés de fleurs,

viens sur les ailes des petits zéphyrs !

 

Tempro la cetra
Claudio MONTEVERDI

 

Tempro la cetra e, per cantar gli onori

di Marte, alzo tal hor lo stil e i carmi

ma in van la tento,  e impossibil parmi

ch'ella giammai risuoni altro ch'amore.

 

Cosi, pur tra 1'arene e pur tra fiori,

nott' amorose Amor torna a dettarmi

ne vol ch'io prend' ancora a cantar d'armi,

se non di quelle ond' egli impiaga i cori.

 

Hor 1'humil plettro e i rozzi accenti indegni,

Musa, qual dianzi accorda, infin ch'al canto

de la Tromba sublime il Ciel ti degni.

 

Riede ai teneri scherzi e dolce intanto

lo Dio guerrier, temprando i feri sdegni,

in grembo a Citherea dorma al tuo canto.

 

J'accorde ma lyre et, pour chanter en l'honneur de Mars,

je hausse le ton de mon style et de mes chants ;

mais en vain je la touche, et il me semble impossible

qu'elle puisse vibrer pour d'autres musiques que d'amour.

 

Ainsi, dans l'arène ou parmi les fleurs,

Amour à nouveau me dicte des notes amoureuses :

il ne veut pas que je recommence à chanter les armes, s

inon celles avec lesquelles il blesse les cœurs.

 

L'humble plectre et les rudes accents indignes,

Muse, accorde comme jadis, pour que

du chant de la Trompette sublime le Ciel te rende digne.

 

Retourne a tes tendres jeux : et qu'entre-temps, radouci,

le Dieu guerrier, tempérant ses traits fiers,

s'endorme à ton chant sur le sein de Cythère.

 

Ecco pur ch'a voi ritorno
Claudio MONTEVERDI, extrait d'Orfeo

 

Ecco pur ch'a voi ritorno,

Care selve e piaggie amate,

Da quel sol fatte beate

Per cui sol mie notti han giorno.

 

Voici donc qu'à vous je reviens,

chères forêts et prairies bien-aimées,

qu'égaye ce même soleil

qui seul éclaire mes nuits.

Vi ricorda, o bosch'ombrosi
Claudio MONTEVERDI, extrait d'Orfeo


Vi ricorda, o bosch'ombrosi,

De' miei lungh'aspri tormenti,

Quando i sassi ai miei lamenti

Rispondean fatti pietosi?

 

Dite, allor non vi sembrai

Piu d'ogni altro sconsolato?

Hor fortuna ha stil cangiato

Et ha volto in festa i guai.

 

Vissi già mesto e dolente,

Hor gioisco, e quegli affanni

Che sofferti ho per tant'anni

Fan piu caro il ben presente.

 

Sol per te, bella Euridice,

Benedico il mio tormento;

Dopo il duol viè piu contento,

Dopo il mal vie più felice.

 

Vous souvient-il, ô bois ombreux,

de mon long et cruel tourment,

quand les pierres, prises de pitié,

faisaient écho à mes gémissements ?

 

Dites-moi, ne vous semblai-je pas alors

le plus désespéré des hommes?

Aujourd'hui la fortune suit un autre cours

et a changé les peines en joie.

 

J'ai vécu jadis triste et éploré,

j'exulte maintenant, et ces tourments

qu'au long de tant d'années j'ai endurés

donnent plus de prix au bonheur présent.

 

Pour toi seule, belle Eurydice,

je bénis ma souffrance ;

après la peine, ma joie est plus profonde,

après le malheur, mon bonheur est plus grand.

 

Qual honor di te sia degno
Claudio MONTEVERDI, extrait d'Orfeo


Qual honor di te sia degno,

Mia cetra onnipotente,

S'hai nel tartareo regno

Piegar potuto ogni indurata mente?

 

Luogo avrai fra le più belle imagini celesti,

Ond'al tuo suon le stelle

Danzeranno in giri or tardi or presti.

 

 

Quel honneur sera digne de toi,

ma lyre toute-puissante,

si dans le royaume du Tartare

tu as su faire céder les esprits les plus inflexibles ?

 

Tu auras ta place parmi les plus belles

figures du ciel,

et au son de ta musique les étoiles,

tantôt rapidement et tantôt lentement tourneront

en dansant.

 

 

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